vendredi 22 février 2013

Un morceau d'histoire

Il y a quelque temps, avec ma mère, nous avons retrouvé la correspondance de mon arrière-grand-père Henri. Revivre toute une part de l'histoire de sa famille à travers ces lettres, ces photos, ces documents (il y avait aussi des permis de conduire, des photos, ...), c'est vraiment touchant, et parmi toutes ces missives, il y avait celle là, envoyée par mon arrière-grand-mère Etiennette, montée à Paris rejoindre mon grand-père Guy et mon grand-oncle Jean alors que mon arrière-grand-père Henri était resté en Aveyron chez sa soeur Rose-Marie :

30 août 1944 – Etat major des F.F.I du 8e

Mon cher Henri
C’est enfin aujourd’hui que je peux t’écrire et te donner une faible idée des jours que nous venons de vivre depuis le 19 août. Chaque  Parisien pourra écrire un roman avec ce qu’il a fait ou vu et pour notre part nous avons été bien protégés puisque nous sommes vivants. Nous avons fait de noter mieux pour aider au salut commun et à la délivrance, Jean à TSF, Guy comme volontaire pour l’attaque des chars et moi au magasin de ravitaillement et à la cuisine le tout très chaotique comme tu peux le penser. Guy a pris part aux batailles du Pont St Michel des Tuileries et de la Chambre des Députés où il a été blessé d’un éclat d’obus par ricochet ce qui a nécessité une piqûre antitétanique. Cette blessure heureusement sans gravité, sur le côté du genou ne l’a pas arrêté un seul instant, c’est la piqûre qui l’a surtout secoué. Depuis 11 jours nous n’avons que peu dormi aussi sommes nous pas mal décollés Jean intendant du Center a veillé au ravitaillement des troupes et a réussi à les alimenter avec les prises sur l’ennemi. La cour de l’hôtel particulier 137 fg St Honoré qui abrite l’Etat Major FFI du 8e a vu défiler plus d’un prisonnier allemand ou civil milicien ou autre, et bien des femmes tondues (celles qui avaient fréquenté les allemands). Il est bien difficile de faire de la comptabilité de magasin dans un chaos pareil – ne sachant jamais combien on aura de rationnaires, mais cela me rappelle le défilé des réfugiés à Lunel. L’avantage est qu’on est nourri et en général bien nourri, tandis qu’en ville, malgré de petites récupérations sur les Boches et les mauvais Français on en est encore au régime des queues chez tous les fournisseurs y compris le boulanger, et de l’impossibilité pour les 4/5 de la population de faire chauffer les aliments et cuire quoi que ce soit faute de combustibles puisque nous vivons sans gaz ni électricité. C’est une drôle de vie ! Mais tout le monde est heureux et décidé à tout supporter aussi longtemps qu’il le faudra et avec le sourire, jusqu’au moment où l’ordre se rétablira ce qui ne peut se faire que peu à peu. Il faut voir Paris acclamer les troupes Leclerc ! de Gaulle et les Américains ! Et quel matériel nous exhibent nos alliés !! avec cela les Boches ne doivent pas en mener large ! Nous sommes naturellement très anxieux d’avoir de tes nouvelles. Es-tu libéré ne l’es-tu pas ? Comment t’en es-tu sorti ? Et ta volaille ? La chienne ? Rose Marie ? Quand pourrons-nous nous voir ? Inutile de te dire que tu dois nous donner de tes nouvelles dès que possible et par tous les moyens. Mais nous craignons que la Rochelle et  La Palice soient des morceaux un peu durs à digérer.
En attendant, nous t’embrassons tous trois bien fort.
Etiennette
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